Kessel

Souriez, y'a tout à voir

Cette semaine c'est jeûne intermittent. Trois expos géniales à consommer sans modération. Qui découvre, dine.

It Paris
3 min ⋅ 05/10/2023

En 1872, Charles Darwin décrit les six états émotionnels de l’homme (et de la femme donc) : la joie, la surprise, la peur, le dégoût, la colère et la tristesse. Il les définit comme universels, donc indépendants des origines géographiques ou des cultures individuelles.
Aujourd’hui, certains scientifiques relativisent ces travaux fondamentaux, considérant que l’expression de nos sentiments pourrait être plus subtile, et influencée par l’éducation et les usages.
En Asie par exemple, on aurait tendance à rajouter la honte, la fierté ou la culpabilité à la liste darwinienne.

Selon Duchène (1862), il serait facile de reconnaître un vrai sourire d’un faux , le vrai se caractérisant par la contraction de muscles buccaux, mais aussi par celle du muscle orbitaire de l'œil.
D’où la conclusion assez évidente que le Joker de Batman ne sourit pas vraiment, que la psychose “punaises de lit” ne fait sourire que ceux qui s’en sont débarrassés, et que dans de trop nombreux pays on a tout bonnement décidé de dissimuler le sourire féminin.

Chez it Paris, nous affichons régulièrement une sorte de béatitude gourmande, aisément reconnaissable par la détente soudaine des muscles du visage. Et c’est sans doute la réflexion profonde qui a creusé ces deux sillons disgracieux que l’on nomme maladroitement “rides du lion”, mais qui devraient porter le doux nom de “creux de curiosité”.


Sourire malicieux pour Sophie

Sophie Calle envahit littéralement le Musée Picasso et la coquine ne nous a pas laissé beaucoup de toiles du maître espagnol.
On ne dévoilera pas les facéties qu’elle utilise pour s’approprier le lieu, mais sachez qu’elle rend hommage à Pablo à sa manière, racontée, ironique, et personnelle.
Si le fantôme de Picasso n’est pas loin, c’est surtout Sophie qui se dévoile, avec une réjouissante pudeur impudique.
De sa mère à la mort, des archives à la transmission, du rez-de chaussée majestueux au 4e étage sous les combles, tout y passe. Et on retrouve avec bonheur le travail auto-dérisoire et intime de cette conteuse contemporaine.
L’entrée en matière, illustrée par une photo et un dessin d’enfant, pose le ton : “Ma toute première œuvre (…) J’avais peut-être six ans, et ce dessin fit dire à ma grand-mère qu’il y avait un Picasso dans la famille.

Sophie Calle dialogue subtilement avec Picasso et interprète avec humour les thématiques qui lui sont chères. Comme si elle prenait le relais, s’installait à sa place pendant un instant avec humilité et admiration.
Il doit bien se marrer le Pablo, là où il est. Après Paul Smith, qui avait mis des rayures et de la couleur sur les murs, voilà l’immense Sophie qui le relègue au sous sol. Avec tendresse.
Une des expos les plus sensibles de la rentrée, et si vous prenez le temps de lire (!), il ne serait pas étonnant que vos yeux sourient vraiment.

A toi de faire, ma mignonne
Musée Picasso

Jusqu’au 7 janvier 2024


Sourire épaté pour Loris

“Incroyable - Dingue - Fou - Dément”
Les superlatifs fusaient ce soir-là alors que le Petit Palais sombrait doucement dans les Nuits Corticales de Loris Gréaud. Le bonhomme, presque étonné par la foule, était tout heureux de pouvoir dévoiler les coulisses de son incroyable installation.

Allez, on tente de vous décrire l’histoire, même si vous devrez absolument aller voir, de jour comme de nuit.
Tout d’abord, il faut noter que le Petit Palais abrite l’un des plus beaux petits jardins de Paris. Les plantes exotiques et la beauté de la cour offrent un dépaysement total.
Ensuite, il faut revenir à la définition de “corticale”, qui se réfère au cortex, donc à l'enveloppe d'un organe, d’un animal ou d’un végétal.
Ceci étant dit, cela n’explique pas grand-chose de plus…
Nous ne pouvons donc que vous conseiller de déambuler dans la “planète Gréaud” entre les statues musicales, les œuvres olfactives, les espèces cellulaires invasives, le pangolin mobile, les phénomènes climatiques et les ogres high-tech. Et de ressentir organiquement le monde.

Il y a d’ailleurs beaucoup de mondes dans la tête de Loris.
Il y a des blobs gentils et des “hantises” méchantes, il y a le temps qui passe et la planète qui endure, il y a des terres sonores et des créatures imaginaires.
Dans la tête de Loris, il y a beaucoup de sens, dans tous les sens du terme.
De la magie et de la féérie aussi, dans la tête de Loris.


Bien se renseigner sur les différents mouvements de cette installation protéiforme.
La partition des “anges” résonne à 17h30.
La rotonde extérieure s’embrase de 23h à minuit.
Les diffuseurs olfactivent toutes les 30 minutes.
Le pangolin avance de 1,25 cm par mois.
Les robots climatiques perturbent en permanence les saisons.

Les Nuits Corticales
Petit Palais
Jusqu’au 14 janvier 2024 - visite gratuite


Sourire ému pour Chen

La Galleria Continua rue du Temple expose une très intéressante sélection des oeuvres de Chen Zhen, artiste-plasticien franco-chinois bercé de transculture et d’expériences méditatives.

Elevé à Shanghai dans les années 60, au sein d’un milieu francophone, il s’installe à Paris en 1986 pour y poursuivre ses études, empli d’enthousiasme et d’un fort sentiment de déracinement.
Cette migration culturelle de l'Est vers l'Ouest, le passage d’un système collectiviste à un système capitaliste, deviennent une source forte d'inspiration. Ses installations, souvent spectaculaires, racontent cette double culture, cette "transexpérience" comme il l’appelle, et dénoncent les déséquilibres géopolitiques et les conflits identitaires.

En 1987, Chen Zhen apprend qu’il est atteint d'une forme incurable d'anémie. Les médecins, les médicaments, les traitements parallèles confèrent une nouvelle identité à son travail qui devient plus spirituel, plus originel.
On est happés par l’installation majeure Purification Room au premier étage, dans laquelle murs, sol, meubles et objets domestiques sont recouverts d’une épaisse couche d’argile. Un œuvre monochrome qui invite à l’introspection.

Chen Zhen meurt en 2000. Son travail reste terriblement actuel.
Les migrations vont engendrer un peuple de «sans-abris culturels». Le double exil deviendra une condition très répandue: plus de véritables racines, ni de réelle appartenance à la nouvelle culture.”

Galleria Continua
87 rue du temple 75003 Paris
Jusqu’au 6 janvier 2024 - Visite gratuite


Plus beaucoup de place ni d’énergie pour vous parler gastronomie… On citera tout de même quelques découvertes récentes.

Et une échoppe God Save the King de plus ! Avec Sausage Roll, Baked Pies, PBJ et autres délices British. Ça s’appelle Very French Beans, c’est dans le 17e et nous on adore.
The more the merrier.

On plébiscite aussi les onigiris de O-Komé rue Dauphine dans le 6e, parfaitement équilibrés, et leur incroyable chiffon cake au sésame noir. Une adresse discrète aux ingrédients japonais sourcés qui mérite la visite.

Ouverture d’un comptoir Maison Mozza avenue Mozart dans le 16e, qui malgré des prix très à l’ouest et une devanture aveuglante, réalise des pizzas réussies à la pâte bien fermentée et à la
mozza maison.


Il y a eu quelques soucis avec les toutes dernières newsletters que certains d’entre n’ont pas reçues.
Vous pouvez retrouver celle de la semaine dernière Monopoly Gastronomique.
Et les précédentes sur mon interface Kessel.

It Paris

Par Karine Salomon

- Bonjour, c'est pour un bilan de compétences.
- Parfait. Dîtes m'en un peu plus sur vous.
- J'aime manger, beaucoup. Et j'aime le bon vin.
- Très bien. Et ?
- J'aime beaucoup aller voir des expos et je m'y connais un peu.
- Ah c'est pas mal ça.
- On me dit que j'écris bien et que j'ai pas mal d'humour.
- Bon, ça peut servir.
- J'aime raconter, expliquer, vulgariser, faire saliver. Et rebondir sur l'actualité.
- Très bien. Alors, si je résume, vous êtes une rédactrice, gourmande, férue d'art, avec un talent certain pour le récit et les bons mots. Vous devriez écrire une newsletter.