Qui aurait pu imaginer que les rues de Paradis, de la Fontaine au Roi, du Faubourg Poissonnière et de Ménilmontant deviendraient les rues les plus courues du Monopoly gastronomique ?
La sectorisation des typologies d’habitants dans les quartiers parisiens n’est pas une nouveauté, les vieux et les bébés à l’ouest, les fashion-weekeux dans le 6, les trenchs-converse dans le 9, les hipster-café de spécialité dans les 10-11, les étudiants et les hakao dans le 13, les intellos affamés dans le 5, les touristes Macdo partout…
Faute à la gentrification et à Inaki Aizpitarte, chef du Chateaubriand qui aura été l’un des premiers à attirer les Américaines bruyantes en quête d’exotisme urbain.
Pour manger dans des bistrots gastronomiques créatifs, il faut se taper 40 minutes de métro si tu habites à Convention (où ça ??).
Et pour te régaler de bistronomie, pas tout à fait étoilée et pas tout à fait nappe à carreaux, tu dois arpenter un périmètre limité par le canal Saint Martin, le marché d’Aligre et aujourd’hui les Buttes-Chaumont.
A-t-on le droit de rêver d’émulsion de Mezcal dans le 14 et dans le 16 ?
Peut-on “partager des petites assiettes” à Boulogne et à Gentilly ?
La créativité culinaire, les circuits courts, les produits de saison, sont-ils réservés à la Place de Clichy ?
J’ai bien peur que oui…
Métro Belleville
Au métro Belleville, on a le choix. Il y a Gramme installé depuis quelques mois et Bouche juste en face.
La Liquiderie aussi, pour les débuts, fins et milieux de soirées.
Maintenant, il y a l’Orillon (Bar de Quartier) où nous nous sommes régalés.
Même recettes gagnantes que dans leurs deux autres établissements, le Café du Coin et le Recoin. Une cuisine de petites assiettes d’apparence simple, mais dont les goûts sont tranchés et les associations subtiles. Une déco vintage à souhait, un service décontracté et souriant et des vins de copains.
En bref, tout ce qu’on recherche dans un comptoir de quartier, qui fait suffisamment parler de lui pour que les gens d’autres quartiers y viennent aussi.
Ce soir-là, nous avions un autre repas prévu, donc nous nous sommes contentés d’un apéro pré-dinatoire.
Frites de peau de PDT, oeufs de truite, crème d’Isigny.
Gnocchis, crème d’anguille, oignons confits.
Padrones, anchoillade citron zaatar.
Thon, buratta, physalis, dukkah.
Et une petite ganache pour se rincer le palais.
La sucrine, gorgonzola, pêche, pignons et l’anguille, jaune d’oeuf, betterave, radis nous faisaient de l’oeil, mais ce n’était pas sérieux considérant les pâtes à la sauce tomate qui devaient suivre.
Nous nous sommes donc promis de revenir avec autant d’appétit et moins d’invitations.L’Orillon Bar
35 rue de l'Orillon 75011 Paris
Du lundi au vendredi de 8h à 2h et le samedi de 18h à 2h
Assiettes entre 7 et 17€
Métro Faidherbe-Chaligny / Charonne
Le 6 Paul Bert a une longue histoire de très bons chef(fe)s.
Car Bertrand Auboyneau, roi du bistrot en sa rue, a su diversifier son offre entre l’écailler, la cave, le bistrot et Le 6 dont la mission est de faire éclore de nouveaux talents ou de laisser s’en exprimer d’autres, plus expérimentés.
Depuis lundi dernier, c’est Pauline Séné que l’on y retrouve, et si l’on avait un peu peur d’essuyer les plâtres, c’était sans connaître la grande maîtrise et l’expérience de cette cheffe, passée par Top Chef et par Fripon, qui avait ravi les critiques en son temps.
On retrouve toujours avec bonheur la fraicheur de ses compositions, crudo de poisson blanc, oseille et chou rave / huîtres jus de coriandre et moutarde / tartare de veau façon Tonato, dément.
Pauline, c’est la nana qui fait beaucoup avec pas-grand-chose. Un mulet, un coco de Paimpol, des gnocchis et une aubergine sont autant de terrains de gourmandise pour ses condiments sérieusement acidulés, ses graines de moutarde, ses fruits, ses oeufs de poisson et ses pickles.
Dans cette nouvelle aventure qu’elle aborde avec enthousiasme et sérénité, elle est accompagnée de Caroline Douroux, anciennement chez Eels.
On a évidemment repris une ganache - dessert fashion du moment - associée ici au mélilot et aux olives et une très agréable association quetsches café noisettes.
Le 6
6 rue Paul-Bert 75011 Paris
Lundi soir et du mardi au vendre midi (formule xx) et soir (carte 55€)
Métro Ménilmontant
Un petit dernier qui était passé à côté de notre pourtant très acéré scanner.
Becquetance, tout petit bijoux de décoration minimal brute, est coincé entre deux vitrines qui n’ont rien de particulièrement attirant. Pas étonnant donc, qu’en plus de la discrétion d’Anastasia et Vincent, on n’y vienne pas en passant.
Ce midi, la salle est pleine de créatifs en quête de bien manger, de touristes gastronomes, d’habitués et d’oisifs assumés.
Le menu, parfaitement exécuté est gourmand et généreux et à voir l’immense cuisine, flanquée de deux belles fenêtres, d’un piano monstre et d’une pyramide d’épices et autres assaisonnements où s’affaire la cheffe, on comprend ce qui a séduit ces deux-là dans cet établissement.
On commencera par le dessert, une pomme juste rôtie en fines tranches, caramel et sarrasin, par l’entrée, une sucrine braisée, crème jambon cru, et des lentilles Beluga (celles qui croquent), moutarde à l’ancienne, courge.
C’est aussi joli que bon et aussi gracieux que paisible.Becquetance
67 rue de Ménilmontant, 75020 Paris.
Du lundi au vendredi midi (formule) et soir (carte 50€)
Dernier week-end
Plus que quelques jours, voire quelques heures pour foncer à la MEP découvrir les vidéos et photos de l'artiste néerlandaise Rineke Dijkstra. Connue pour ses portraits frontaux d’adolescents en pleine construction identitaire, elle pose ici un regard amusé et bienveillant sur de jeunes élèves devenus commentateurs d’exposition ou de jeunes gymnastes aux corps tourmentés par l’entraînement.
Dans le Studio, place à Rachel Fleminger Hudson et ses clichés très faussement seventies. Lauréate du Prix Dior de la Photographie et des Arts Visuels pour Jeunes Talents 2022, elle met minutieusement en scène ses personnages, s’appliquent à peaufiner leurs costumes et leurs attitudes pour confondre nos références.
