Kessel

France rance ?!

L'avant-gardisme de Gertrude, la lumineuse couleur de de Staël, une baignoire gastronomique et une polémique baguette et marcel

It Paris
3 min ⋅ 15/09/2023

- Chouchou, il est où ton édito ?
- Il est en bas Loulou. D’ailleurs, tu en prends un peu pour ton grade…


Icône cubiste, avant-gardiste, et queer

Quel rapport peut-il y avoir entre Picasso, Bruce Nauman, John Cage, Rauschenberg, Sol Lewitt, et Georges Braque ? Le langage poétique, répétitif, surréaliste et radical de Gertrude Stein.

Poétesse humaniste et engagée, elle naît en 1874 en Pennsylvanie et c’est par amour de la syntaxe fragmentée qu’elle entre en peinture.
Si l’intitulé de l’exposition laisse à penser qu’on va s’immiscer dans la relation créatrice et amicale de Gertrude et Picasso, elle va bien au-delà, et révèle, œuvres à l’appui, la considérable influence du travail linguistique de Stein sur l’avant-garde artistique américaine, ses chorégraphes et metteur en scène, artistes et intellectuels.

Le point de départ ? Le portrait de Gertrude par Picasso (non présenté), devenu iconique, et l’ardeur productive et généreuse avec laquelle ils inventeront, soutiendront et populariseront le cubisme.
Une femme à l’allure massive et au regard appuyé, qui assume son homosexualité - elle vivra avec sa compagne Alice Toklas pendant 38 ans - et dont l’œuvres littéraire est énigmatique, singulière et terriblement moderne pèsera sur la création contemporaine bien après sa disparition en 1946.
“My sentences do get under their skin…” avait-t-elle précisé sur la couverture de Time.
Une femme dont les artistes admirent l’immense originalité de création, la liberté de ton et d’apparence.

L’exposition courte, dense et variée, nous propose un voyage à travers différentes époques et différents médiums, de la danse contemporaine des années 70, à l’art conceptuel en passant par la vidéo et la sculpture minimale.
Il y a de nombreux visiteurs, de tous âges et de toutes nationalités, des amoureux de Picasso (certains collages ont été très peu exposés) qui découvrent Stein, des amoureux de Stein qui découvrent Merce Cunningham, des amoureux de l’art qui découvrent une sacrée bonne femme.


Gertrude Stein et Pablo Picasso
Musée du Luxembourg
Ouvert tous les jours sauf mardi (ça c’est cool)
Assiettes / Plats entre 13 et 24€ - Formules dej 18-25€


Une baignoire gastronomique

Elle nous a présenté la carte et détaillé les recettes avec précision. On s’est bien dit qu’elle ressemblait étrangement à la cheffe Cécile Levy (ex Tékes), mais on l’attendait dans sa cuisine.
Et pourtant, ce soir-là, elle avait décidé de s’occuper de nous et de laisser ses deux sous-cheffes gérer l’excellent menu gastronomique qu’elle propose à la Baignoire.
Les intitulés sont simples, Figue, Pagre, Poireau, Maquereau, Lotte… Mais tout ce qui se dit en dessous, Sauge, Litchi, Miso, Verveine, Thym citronné, Piment vert, Crème crue, Poivre de Timut, fait le grand plat.

La vaisselle est ravissante, la verrerie aussi, ce tout petit écrin à l’écart, dénote avec le quartier des grands boulevards environnant. Les prix aussi, justifiés par un travail minutieux sur chaque assiette.
On regrettera une carte des vins, certes excellente et choisie pour offrir la meilleure association, mais trop courte et très vite ruineuse.

Cette Baignoire est étonnante, et fait peu de bruit quand d’autres ouvertures sonne le clairon. Cécile exprime un talent bien plus pointu et exigeant que chez Tékes - où elle travaillait déjà très bien. Le lieu atypique, cave éclairée à la bougie, mosaïque logotypée, baignoire en guise de sculpture marquent la volonté des proprios de créer un lieu sans étiquette. Juste très bon.


La Baignoire
7 rue Notre Dame de Bonne Nouvelle Paris 7e
Fermé dimanche - 60-70€


Les couleurs douloureuses de Nicolas

Nicolas de Staël est beau. Son visage racé à l’Adrian Brody, porte l’élégance de ses origines russes et les stigmates d’un homme tourmenté, devenu orphelin extrêmement jeune et qui n’aura de cesse de poursuivre son idéal, pictural, amoureux et vital.
Ce n’est certes pas la première rétrospective qui est consacrée à de Staël, et ses aplats de couleurs épais, ces paysages abstraits, ses footballeurs font partie de l’imaginaire collectif.
Pourtant dans cet accrochage chronologique, dont la fin est plus marquante que le début, on ressent l’urgence de création d’un artiste écorché et sa rage de “barbouiller ses toiles pour n’arriver à rien”.

Une œuvre entre figuration et abstraction, qui se fiche des modes et des courants, marquée par une pratique débordante et instinctive, dictée par les voyages et les installations du peintre dans les différents environnements qui marquent sa courte vie, Paris, le Vaucluse, Antibes.
Et surtout la Sicile en 1953, dont les paysages lui offrent ses plus belles toiles, celles aux couleurs flamboyantes et aux contrastes marqués.

Consumé par une vie de quête inassouvie et éconduit peu à peu par sa dernière passion, il se jette une dernière fois dans la peinture, plus sombre et plus figurative. Avant de se donner la mort à 41 ans.
Comme le dit si bien Fabrice Hergott, directeur du MAM, “L’œuvre de Nicolas déborde largement des contours dans lesquels elle a été enfermée. Elle nous apparaît plus ample et plus profonde”.
Romantique et absolue.


Nicolas de Staël
Musée d’Art Moderne
Jusqu’au 21 janvier 2024


L’édito

Alors que le Maroc panse ses plaines, alors que Kim se taille la bavette avec Vladimir, alors qu’en Iran, les jeunes femmes risquent encore leur vie pour une mèche de cheveux, la France des médias se passionne pour une polémique baguette et débardeur. La cérémonie d’ouverture de la coupe du monde de Rugby et sa thématique périmée très années 50.
Oui la cérémonie de Jean Miche était ratée, décousue et ringarde. Une “ringardise” d’ailleurs parfois plébiscitée par les bobos dont je suis quand il s’agit de dîner sous les loupiotes, dans une grange à foin vintage, nappes à carreaux et terrine croûtons de pain.

Mais bien plus grave, un Président a été hué par un stade de rugbeux dont on aurait imaginé qu’ils étaient plus éclairés que leurs collègues du ballon rond.
Et si l’on peut regretter que Manu soit Président, critiquer ses réformes ou leur absence, argumenter que “j’ai pas vraiment voté pour lui, c’était contre Marine”, il n’empêche que le fondement d’une démocratie, c’est le respect absolu d’une constitution dont aucun fondement n’a été a priori bafoué.
Si un Président peut être sifflé par ses opposants lors d’un meeting politique, il est intolérable qu’il le soit à l’ouverture d’une compétition sportive.
On ferait mieux de s’indigner de l’anéantissement du sentiment citoyen.

La France est bien plus que des bérets, le lac du Connemara et le Puy du Fou (dont Compléments d’Enquête a très justement dénoncé les malversations financières et le despotisme), et nous sommes nombreux à souhaiter que les références se modernisent et se réveillent.
Mais à chercher la petite bête de droite et politiser systématiquement le débat, on donne à son extrême les arguments pour se victimiser et défendre un attachement national qui ne lui est pas réservé.

A Sandrine Rousseau qui regrette les “codes virilistes” du Haka néo-zélandais, et du rugby en général, Eric Naulleau a répondu sur X, “elle Haka se taire de temps en temps”.
Pas mieux…

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It Paris

Par Karine Salomon

- Bonjour, c'est pour un bilan de compétences.
- Parfait. Dîtes m'en un peu plus sur vous.
- J'aime manger, beaucoup. Et j'aime le bon vin.
- Très bien. Et ?
- J'aime beaucoup aller voir des expos et je m'y connais un peu.
- Ah c'est pas mal ça.
- On me dit que j'écris bien et que j'ai pas mal d'humour.
- Bon, ça peut servir.
- J'aime raconter, expliquer, vulgariser, faire saliver. Et rebondir sur l'actualité.
- Très bien. Alors, si je résume, vous êtes une rédactrice, gourmande, férue d'art, avec un talent certain pour le récit et les bons mots. Vous devriez écrire une newsletter.