Je ne sais pas vous, mais moi la merde ambiante commence à me courir sur le haricot.
Celle qui sévit de l’Oural aux plaines de la Bekka, et du campus de Berkeley au détroit de la Mer Rouge.
À ceux qui s’égosillent aux cris ignorantissimes de “from the river Mississipi to the Black Sea, Palestine should be free”, je leur demande…
- Savez-vous à combien de morts nous en sommes depuis le début de la guerre en Ukraine, bande de couillons ? 315 000 Russes et sans doute autant d’Ukrainiens - on n’en sait fichtre rien puisque tout le monde s’en fout.
- Sais-tu combien de pendaisons il y a eu en Iran en 2023, petit débile protégé dans ta démocratie ? 600, un record.
- Pourrais-tu me dire, si ton cerveau fonctionne encore, de combien de morts le terrorisme islamiste est-il responsable ? Depuis 1979, début du djihadisme mondial, on a identifié plus de 48 000 attentats islamistes dans 81 pays, provoquant la mort de plus de 215 000 personnes. Et 73% se sont produits depuis 2012 (source Fondapol).
- Es-tu au courant que le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, considère l’homosexualité comme une “malédiction” et demande à ce que les homosexuel(le)s soient “lapidés dans un stade” ? Et qu’il a été reçu avec le sourire par Antonio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU.
- Et enfin te rends tu compte, tête de con, que les Juifs, présents en France depuis l’Antiquité ont dû attendre 1791 avant de devenir citoyens français et que depuis le 7 octobre, les actes antisémites ont augmenté de 1 000 % ?
Et bien, pour fuir les nationalismes grandissants, le fanatisme barbare, le wokisme imbécile, les réactionnaires démodés, je me réfugie dans la soupe.
Je coupe, je cuis, je mixe.
J’innove avec plus ou moins de réussite. J’ajoute des épices, des fruits à coques, des fruits tout court.
Je fais dans le vert et dans l’orange, parfois dans le beige.
Les cucurbitacées n’ont plus de secret pour moi, fille de l’hiver. Je cisaille les poireaux et le cresson, mélange les épinards et les brocolis, les pommes et le céleri.
Une bonne cuillère de crème crue, un filet d’huile de noisettes, une pincée de piment d’Espelette.
Des pois chiches ou des lentilles.
Épaisses ou moulinés.
Bref, je me noie dans les potages et dans les consommés et je lèche les bols des veloutés.
Un retour en enfance bien mérité.
Grand Gibon
Derrière ce drôle de primate hominoïde aux longs bras, se cachent Léa Bonnet et Harold Giboureau, soutenus avec talent en cuisine par Mats (passé chez Fulgurances l’Entrepôt) et Paul (habitué des platines).
Et comme ce Gibon, n’a pas encore eu la faveur de la presse food, nous serions passés à côté sans la voix moelleuse et caressante de François Simon.
Merci donc François pour ce “y retournerais-je ?” qui dépeint avec bienveillance ce que le restaurant représente pour nous, la créativité, la sensibilité, le talent et l’énergie.
Gibon coche toutes les cases.
Une carte courte à l’ardoise, qui change au gré du marché.
Ça peps de sauces harrissées, niponnisées, mexicanisées.
Les huîtres se pimentent, la tatin d’échalotes colle aux dents, le grilled cheese conté, courge fait des fils, le jus du faux-filet se lèche aux doigts, et la lotte nage dans son beurre dashi.
La saucisse sèche de la Ferme de Mayrinhac n’a pas fait long feu, et le gâteau au chocolat, comme une ganache non plus.
Le baba aux effluves de yuzu manquait un peu de rhum - Harold nous en a remis une bonne lampée.
C’était souriant et charmant.
Et pas encore pris d’assaut par les photographes d’assiettes (que nous sommes…).
Un grand singe bien délicieux et sympathique.
Gibon
Restaurant et bar à vins
52 rue Richard Lenoir 75011 Paris
Du mardi au samedi - midi EPD 24€ - soir assiettes 8-18€
Monster Soup
C’est la galerie qui nous avait bluffée à Los Angeles et un des mastodontes du centre de Londres, de New York, de Zurich, de Hong Kong. Bref un poids lourd.
Hauser & Wirth a ouvert il y a quelques mois son adresse parisienne dans un sublime hôtel particulier néoclassique au 26bis rue François 1er, là où Europe 1 officiait jusqu’en 2018.
Admirablement réhabilité, l’immense espace abrite en ce moment une exposition solo de Hélène Delprat, figure anticonformiste de l’art contemporain, touche-à-tout éclectique, rigolote, et qui se fout des mondanités qui entourent le milieu.
Elle écrit, elle dessine, elle peint, elle remplit des cahiers, elle filme et se met en scène. Et se moque beaucoup.
Dans cette exposition, imaginée en collaboration avec la galerie Christophe Gaillard qui la coreprésente, elle balance la violence du monde à coups de personnages cartoon et de grandes toiles à plusieurs lectures.
La créativité de Delprat n’a de limites que sa curiosité, sa connaissance encyclopédique des auteurs et de l’histoire de l’art. Ses références sont si nombreuses qu’il n’est pas nécessaire de les connaître pour goûter l’ironie de son travail.
Et puisque, de façon totalement fortuite, nous commencions cette newsletter par une soupe, quoi de mieux que de la finir par la sienne, une “Monster Soup” mordante et piquante.
On empruntera avec admiration le magnifique escalier, paré d’une œuvre in situ de l’artiste britannique Martin Creed, qui permet d’accéder à la suite théâtrale de l’exposition.
Un peu plus haut dans la rue, on découvre Primitives (anciennement Café Blanc Courrèges je suppose - je ne suis pas très experte en établissements proches Montaigne).
Ce petit coffee shop qui est allé glaner du côté du café de spécialité Kawa, du chocolatier lillois Encuentro, de Maison Dehesa, du fromager Taka&Vermo et de fermes maraîchères locales et bio, fait office d’extra-terrestre dans ce quartier aseptisé.
Parfait pour un petit dej granola ou un déjeuner léger.
Soupe butternut cardamone, légumes racines en papillote, radicchio castelfranco, truite fumée, fromage frais et œufs coques fermiers.
On regrettera évidemment les prix qui s’envolent, mais c’est le 8ème chic, et on ne peut pas tout avoir.
Le beurre de qualité, et l’argent du beurre.
Hauser & Wirth
26bis rue François 1er 75008 Paris
Monster Soup, Hélène Delprat
Jusqu’au 9 mars 2024
Primitives
40 rue François 1er 75008 Paris.
Du lundi au vendredi 9h - 16h
