Ce matin, j’ai demandé à mon nouveau copain Chat ce qu’il pouvait me dire sur la mort d’Alexeï Navalny.
Sa réponse fut laconique : “Je suis désolé, mais je n'ai aucune information sur la mort de Navalny, car ma base de données s'arrête en janvier 2022 et je n'ai pas accès à l'actualité en temps réel”.
Ça m’a fait rire de voir que Chat se considère, en français, comme un logiciel masculin. Voilà qui devrait en contrarier certaines.
Peut-être a-t-iel alors quelques infos sur les prochaines élections russes ? S’il considère “qu’il est difficile d’en prédire avec certitude les résultats”, il opte tout de même pour une “probable victoire du parti au pouvoir”, “Vladimir Poutine, conservant une influence significative, étant donné sa domination politique actuelle”. Une façon polissée de décrire l’imminente farce électorale.
Et aux Etats-Unis ? Le coquin logiciel se défausse “En tant qu'intelligence artificielle, je n'ai pas de croyances, d'opinions personnelles ni la capacité de prédire l'avenir de manière fiable”.
S’il présente Nikki Haley comme “une candidate potentielle pour des postes politiques importants”, il précise “qu’elle a suscité à la fois du soutien et des critiques au cours de sa carrière”, “notamment pour certaines de ses positions politiques et ses actions pendant son mandat à l'ONU”.
Tu m’étonnes…
Je continue mon tour d’horizon, en lui demandant son avis sur le combat des femmes iraniennes.
“C’est une lutte complexe et multiforme qui s'étend sur plusieurs décennies” me dit le Chat, qui considère qu’il y a eu au fil des années “des progrès dans certains domaines, notamment en matière d'éducation”.
En conclusion, il trouve “la situation dynamique et sujette à des développements changeants en fonction des politiques gouvernementales”.
Plus optimiste que nous le bienheureux programme.
Évidemment à la question de savoir ce qu’iel pense de la mort de Robert Badinter, je reçois la réponse attendue, avec une petite variante qui prend en compte l’aura du bonhomme “Robert Badinter est une figure importante en France, notamment en tant qu'avocat, juriste, et homme politique. Il est surtout connu pour son rôle dans l'abolition de la peine de mort”.
Pleine d’espoir, je m’intéresse alors au conflit Israël-Hamas. Étonnamment, le bougre me répond en anglais et me fournit un éclaircissement, certes exact, mais éloigné de la question “Hamas is designated as a terrorist organization by numerous countries. It has been involved in acts of violence, including suicide bombings, rocket attacks, and other forms of terrorism targeting civilians in Israel.”
Mais au fait, que pense-t-iel de la progression de l’islam radical dans le monde ?
Après avoir précisé que “l'islam radical ne représente qu'une petite minorité de la communauté musulmane mondiale”, il indique avec optimisme que “de nombreux gouvernements (…) travaillent à contrer l'islam radical par des programmes de prévention de la radicalisation, de la promotion du dialogue interreligieux et de la coopération internationale en matière de sécurité”.
Un monde dans lequel Navalny n’est pas mort, dans lequel le résultat des élections russes n’est pas inéluctable, où les femmes iraniennes peuvent espérer un avenir plus juste, où Badinter est toujours vivant, où Nikki Haley n’est pas dégommée par le débile à mèche, où le Hamas est reconnu par tous comme groupe terroriste et dans lequel les gouvernements lutteraient efficacement contre les prêches anti-français et le voile intégral à l’université, je vote pour…
Chat président !
NDLR. Nous apprenons avec soulagement l’expulsion rapide de Mahjoub Mahjoubi vers la Tunisie.
En espérant que les avocats insidieux de l’Imam détraqué ne trouvent pas de recours légaux pour nous le refourguer. À deux doigts de voter pour Darmanin…
Tables en vrac
Chez Godaille, on propose des godailleries. Avec l’idée qu’on peut les partager ou pas.
Autour de cette table qui fleure bon l’amitié, on retrouve Étienne Aubron et Derrick Phortes, proprios de la très bonne cave à vins Pur Vin à quelques numéros de là.
Au-delà de la carte maîtrisée par Mickaël Bui (ex-Tomy & Co), on vient donc chercher des bouteilles détonantes, comme cette liqueur de tomates et cette eau-de-vie de Mauzac rosé de la distillerie Cazottes.
En entrée, la soupe à l’oignon doux des Cévennes est bien sirupeuse et bien gratinée de généreuses tranches de pain. Le Crispy rice, échalote, coco râpée et rau ram (coriandre vietnamienne) est délicieux et les gnocchis au Grana Padano se corsent d’un bon jus de viande.
Ce soir-là, nous avions envie d’agneau et nous n’avons pas été déçus. Ce qui devait nourrir deux personnes aurait pu nous faire la semaine.
Notre voisine dégustait la daurade, choux de Bruxelles, houmous et beurre d’orange. Elle semblait bien satisfaite.
Deux desserts de saison, dont une clémentine rôtie, glace yaourt, gelée kalamansi.
Godaille en argot signifie “débauche de table et de boisson”. Nous n’irons pas jusque-là, la table est sage et bien tenue. Mais si on se laisse aller à la bibine, pas impossible que cela dégénère en réjouissances publiques et truandailles.
Godaille
9 rue Antoine Vollon 75012 Paris
Fermé lundi et dimanche / Menu dej 23-30€ / Carte 55€
On l’attendait cette pizza slice à l’américaine.
Celle que l’on déguste sur un bout de trottoir de la grosse pomme.
Celle qui permet à ceux qui ne mangent pas de porc de s’avaler des tranches de Pepperoni.
Celle qui a la taille d’un panier de basket.
Fine, mais pas romaine pour autant, elle se farde d’une pâte bien croustillante et bien brûlée et s’habille d’une garniture italo-sourcée en quantité mesurée.
Chez Jay’s, une Classic Cheese, une Pepperoni et une Ruby à la sauce tomate, crème, vodka, rehaussée d’un trait de pesto.
Jayan Fazal-Karim et Simo Khalifa, fans de NYC et de pizza, sont encore au tout début de leur aventure slicée. Mais comme l’un vient de l’aviation (en passant par un MBA à l’INSEAD) et l’autre de la tech, c’est avec le sourire du type qui fait enfin ce qu’il veut qu’ils servent - avec une maladresse joyeuse - les premiers gourmands, émus de retrouver leur madeleine américaine.
Jay’s Pizza
20 rue de Mazagran 75010 Paris
Du mardi au samedi midi et soir / la slice de 3,90 à 5€
