La nomination de Gabriel Attal soulève un vent d’espoir et d’audace. On se prend même à rêver à un sursaut républicain aux prochaines européennes et à une illusoire accalmie des débats à l’Assemblée.
On espère un gouvernement resserré et surtout rajeuni.
Parce que c’est dans la jeunesse que s’ambitionnent les réformes et les bouleversements sociétaux. C’est la jeunesse qui a mieux que quiconque conscience des nécessaires transformations environnementales et sociétales.
C’est elle qui se bat pour des idéaux abîmés, qui cherche une âme qui pourra l’aider.
On croit à une jeunesse engagée, réaliste et éclairée qui sait piocher dans le passé pour construire un avenir brillant et réfléchi, consciente des épouvantables erreurs de ses ainés et des formidables promesses de ses lendemains.
Et puis un sondage Opinion Way nous apprend que seuls 54% des 16-25 ans sont capables de citer la date de début de la Révolution française en 1789, 40% peuvent dater la chute du mur de Berlin en 1989, et moins de 25% savent que l’État d’Israël a été créé en 1948.
40% n’ont jamais entendu le terme "rafle du Vél d’Hiv", et un jeune sur cinq dit avoir des doutes sur l’histoire et l’existence de la Shoah.
Près de la moitié pense que les pouvoirs publics protègent davantage les juifs que les musulmans et 4 sur 6 que la loi de séparation de l’Église et de l’État est "avant tout un moyen de discriminer les Français musulmans".
Décidément, tout est chaos, et cette génération désenchantée, qui flotte dans un air trop lourd, retombe dans les travers d’une histoire millénaire et se retourne contre le seul responsable identifiable, le seul oppresseur du monde moderne, le dernier colonisateur, l’immonde capitaliste avide, le profiteur.
Alors Gabriel, je t’en supplie, souviens toi que tout se joue à l’école.
Dimanche, cela fera 100 jours que Kfir Bibas a été capturé.
Nous ne cessons de penser chaque jour aux 130 otages encore retenus à Gaza.
Évidemment, on me dira qu’il est difficile après ça de parler bonne chair et expo conceptuelle.
Ben, on y va quand même, sur la pointe des pieds, parce que sinon autant se barrer tout de suite au fin fond des Highlands et tricoter des pulls en Shetland.
Terra pizza
Et de trois pour Terra rue des Gravilliers !
Après Terra le resto et Terra le bar à vins, voici Terra la pizza…
Une pâte carrément digeste et pas trop élastique, élaborée selon la manière Biga qui consiste à faire pré fermenter la pâte avant le pétrissage et à respecter un temps de pousse minimum de 24h.
Des garnitures italiennes bien sourcées, des prix plus qu’acceptables considérant la qualité et la taille de la pizza et un service trop mimi qui accepte qu’on “enlève le jambon cuit pour rajouter des champignons”, et qu’on “supprime les poivrons” pour cause de digestion difficile, et “qu’on mette un peu de roquette en plus".
Un petit mocktail à la fleur d’hibiscus pour faire genre Negroni et un tiramisu à la fève tonka pour finir sur une note sucrée.
La semaine dernière, nous vous parlions de la qualité simple et agréable de Sugo, on réitère cette semaine avec la pizza de Terra. Simple, très bonne, gracieuse.
Terra Pizza
167 rue des Gravilliers 75003 Paris
7/7 - Pizza 13-19€
Bistrot des Fables
En 2021, l’institution de la rue Saint-Dominique, le Café Constant, passait aux mains, pourtant habiles du chef “gourmand croquant”.
Mais voilà, Cyril n’a pas su perpétrer une tradition bistrotière ancrée dans l’estomac et dans le cœur des fidèles clients du 7e arrondissement et d’ailleurs.
Repris depuis peu par David Bottreau, propriétaire du Comptoir des Fables et bras droit de Constant, la carte retrouve avec bonheur ses classiques.
Inégalables œufs mimosa, daube de joue de boeuf, os a moelle, soupe à l’oignon, blanquette de veau, filets de harengs, rumsteak au poivre…
C’est ultra généreux, bien réconfortant, et cuisiné sans chichi par le chef Guillaume Dehecq déjà habitué aux standards constantois.
En dessert, riz au lait caramel beurre salé moelleux, et mousse au chocolat siphonnée sur lit de céréales, “comme un nuage” ou en tout cas, c’est ce que B, après douze cuillerées, en a retenu.
À une table voisine E et S retrouvaient avec bonheur et gourmandise la carte qui leur était si chère.
Ils ont du coup dîné pour quatre, histoire de fêter ces retrouvailles.
Nous n’étions pas allés chez Lignac, mais il semblerait que les prix aient eux aussi dégonflé.
Un retour aux origines qui ne devrait pas déplaire au jeune Gabriel.
Bistrot des Fables
139 Rue Saint-Dominique, 75007 Paris
7/7 - Carte 50€
Accrochage Philippe Thomas au Centre Pompidou
Philippe Thomas est un drôle de zoziau.
Artiste conceptuel parmi les conceptuels, il est le fondateur du mouvement “fictionnaliste” qui consiste à délaisser son nom au profit de ses acheteurs.
Et pour institutionnaliser cette pratique d’effacement de soi, Philippe Thomas ouvre une agence de publicité fictive, mais néanmoins opérationnelle, à New York en 1987, “readymades belong to everyone®”.
Il s'y présente comme le directeur et propose à chacun d'associer son nom à l'histoire de l'art en acquérant une œuvre dont il deviendra l’unique signataire - sur les certificats officiels comme sur les cartels des musées.
Il en ouvrira la succursale fictive française quelques temps plus tard, singeant à nouveau les codes et les pratiques du marketing, créant de vraies-fausses publicités, édictant les principes fictifs de son agence fictive.
Si ses readymades* appartiennent bien à tout le monde®, sa pratique ironique et impénétrable, suscitera certainement quelques questionnements.
Faut-il comprendre l’art pour y être sensible ? A priori pas, sinon ça fait un moment qu’on aurait arrêté d’aller au musée.
Et peut-on être sensible à un art conceptuel dont on ne saisit pas forcément l’idée ? Oui, sinon ça fait belle lurette qu’on aurait arrêté de voter.
Une occasion aussi de parcourir la collection permanente du Centre Pompidou (Philippe Thomas en occupe les salles 21 et 22), inédite et toujours surprenante par sa qualité et son importance.
Philippe Thomas et l’agence readymades belong to everyone®
Centre Pompidou, collection permanente 4e étage, salles 21-22
Readymade : Objet manufacturé promu au rang d'objet d'art par le seul choix de l'artiste. Notion élaborée par Marcel Duchamp en 1913. Le ready-made peut être « aidé », « assisté » ou « rectifié » par certaines modifications (Larousse).
