Kessel

Si on m'avait dit...

Si on m'avait dit que le combat serait quotidien

It Paris
3 min ⋅ 16/05/2024


Depuis quelques mois, mon WhatsApp et mon Instagram ont pris une drôle d’allure.
Dès que j’ai le dos tourné, 272 messages dans 6 collectifs différents buzzent sur mon téléphone.
En l’espace de 10 minutes, ce sont des dizaines de vidéos qui m’ont été transférées, des rendez-vous donnés, des réunions organisées, des actions imaginées.

Comme une petite armée contre la détestation et l’ignorance, une certaine communauté, et au-delà, s’organise pour riposter, pour ouvrir les yeux des indifférents et des apathiques.

Samedi dernier, lors d’un spectacle européen de la chanson affligeant, qui n’arrivait même pas à être subversif ou décadent, nous avons été appelés à soutenir une jeune femme de 20 ans, cantonnée dans sa chambre d’hôtel, protégée par des dizaines de compagnies policières et qui n’aurait sans doute jamais imaginé qu’elle susciterait autant de haine et de crétinisme.

Grâce à ces réseaux qui voient tout et partout, on a pu entendre l’ignoble vacarme auquel elle a du réellement faire face, atténué pour nos oreilles délicates de téléspectateurs. On a pu admirer la bêtise infantile de la candidate grecque faisant mine de s’endormir, l’ignoble acharnement du mutant irlandais qui n’avait d’égal que son épouvantable apparence, et le mea culpa indécent d’un jury néerlandais obligé de faire amende honorable alors que son pays accorde quelques points aux “sionistes génocidaires”.

Épiphénomène ? Malheureusement non. Ce concours inconsistant n’est que l’une des trop nombreuses manifestations de l’acharnement antijuif qui s’est installé dans le monde.

Nous pensions ce soir-là avoir touché le fond, mais l’horreur a encore franchi un sacré palier, et un palier sacré, avec ce tag de mains rouges sur le Mur des Justes du Mémorial de la Shoah.
Symbole du lynchage ignoble de deux jeunes israéliens par la population exaltée de Ramallah le 12 octobre 2000, ces “mains rouges” ne sont que la énième preuve qu’antisionisme rime aujourd’hui avec antisémitisme.

Malheur à ceux qui objecteraient le moindre “mais” pour tenter de justifier sans doute l’un des actes les plus abjects de ces derniers mois en France.
Ce serait non seulement faire offense aux 6 millions de Juifs assassinés parce que tels - ce qui ne devrait pas émouvoir les auteurs de cet acte à la symbolique scandaleuse - mais surtout à la mémoire des 3900 Justes qui ont risqué leur vie pour en sauver d’autres, exprimant avec un courage infini leur lutte contre le nazisme et la haine des Juifs.

Sur mon téléphone, les messages fusent, la riposte s’organise, les communiqués et les condamnations tombent.
Et si le visage du fascisme a changé, la force et la solidarité des anciennes victimes aussi.
Aux mains rouge sang, s’opposent maintenant des poings bien fermés.


Formes et couleurs

A la Fondation Vuitton, place à la couleur et à la géométrique minimale magnifique d’Ellsworth Kelly.

Né en 1923 à Newburgh dans l’État de New York, Ellsworth Kelly est connu pour ses aplats éclatants à la simplicité trompeuse.
Car Kelly n’a pas cherché à “composer” des tableaux de couleur, il a poussé l’abstraction à son essentiel. Et s’il est impossible d’identifier dans ces lignes et ces formes vives l’ombre d’un escalier, l’encadrement d’une fenêtre, une colline au loin ou la voûte d’une église, c’est pourtant dans les éléments qui l’entourent, architecture, objets et paysages que Kelly trouve son inspiration.
Si vous êtes capable de mettre votre esprit en veille pour regarder uniquement avec vos yeux, tout devient abstrait.”

Les œuvres d’Ellsworth Kelly bousculent le cadre du tableau et répondent à l’architecture du lieu où elles sont exposées à l’instar de la flamboyante Yellow Curve de 1990, large figure de sol de plus de 60m2, présentée pour la première fois en France.

Kelly débute sa carrière en peignant des bâches pour l’armée américaine. Et c’est en 1952, alors qu’il poursuit ses études à Paris, qu’il découvre les immenses toiles des Nymphéas de Monet et peint son premier monochrome Tableau Vert (présent dans l’exposition).
Son travail ne cessera d’explorer les formes et les couleurs en les superposant, les juxtaposant, jouant avec le blanc, les lignes, l’espace et l’architecture.

Organisée avec le Glenstone Museum pour le centenaire de la naissance de Kelly, l’exposition regroupe plus d’une centaine de pièces, peintures, sculptures, mais aussi dessins, photographies et collages.

L’occasion aussi de déambuler dans le magnifique auditorium de la Fondation pour lequel Kelly réalise en 2012 un ensemble de toiles acoustiques aux couleurs profondes et le “rideau” rigide de la scène, variation de ses Spectrum, initiés en 1953.

Ellsworth Kelly est mort en 2015 à 92 ans. Il aura radicalement enrichi l’abstraction de son unique regard et aimé la France qu’il avait défendue avec patriotisme en 44 alors mobilisé dans l’armée américaine.


Ellsworth Kelly - Formes et couleurs 1949-2015
Fondation Louis Vuitton

Jusqu’au 9 septembre 2024


Je vous attends

Pas eu le temps, pas eu la tête, pas eu l’énergie de braver les préparatifs des JO pour aller tester les dernières adresses qui me font envie à Paris.
Alors, je vous les balance comme ça, en espérant que l’une ou l’un d’entre vous m’accompagnera un jour ou peut-être ira tester l’une d’entre elles et m’en fera une description fidèle et indépendante, à la “it paris”.

Dandelion (46 rue des Vignoles, 75020 Paris), bistrot gastronomique comme on les aime
Amalia (32 rue de la Fontaine au Roi, 75011 Paris), gastronomique italien pour un dej de fête
Datsha (57 rue des Gravilliers, 75003 Paris), cuisine wild & vivante orchestrée par Daniel Morgan
La Bagarre (4 rue de l'Orillon, 75011 Paris), par l’équipe de la Riposte, tacos, vins nat, coktails
Naam (73 rue de Belleville, 75019 Paris), fresh and authentic thaï food
Altro Frenchie (9 rue du Nil, 75002 Paris), le resto italien de Gregory Marchand, clairement celui qui nous attire le moins…

Je viens déjeuner avec toi




It Paris

Par Karine Salomon

- Bonjour, c'est pour un bilan de compétences.
- Parfait. Dîtes m'en un peu plus sur vous.
- J'aime manger, beaucoup. Et j'aime le bon vin.
- Très bien. Et ?
- J'aime beaucoup aller voir des expos et je m'y connais un peu.
- Ah c'est pas mal ça.
- On me dit que j'écris bien et que j'ai pas mal d'humour.
- Bon, ça peut servir.
- J'aime raconter, expliquer, vulgariser, faire saliver. Et rebondir sur l'actualité.
- Très bien. Alors, si je résume, vous êtes une rédactrice, gourmande, férue d'art, avec un talent certain pour le récit et les bons mots. Vous devriez écrire une newsletter.