Kessel

Rien que ça...

De la philosophie, une expo renversante, et du pain

It Paris
3 min ⋅ 24/09/2026

Peut-on pardonner à quelqu’un qui nous a fait du mal ? Difficilement…
Peut-on obtenir le pardon de quelqu’un qu’on a blessé ? Peut-être…
Ce que l’on peut faire, en revanche, c’est changer la trajectoire. Faire mieux ou autrement. Prendre conscience des actes passés pour en inventer de meilleurs. En cela, le jour de Kippour, qui vient d’avoir lieu, n’est peut-être pas tant celui du Grand Pardon que celui de la grande introspection, du grand ménage de rentrée, du virage en U.
Pas question de se tourner vers une “entité supérieure” pour obtenir l’absolution. Ni de se confesser pour pouvoir passer à autre chose. Dieu ne pardonne que ce qui relève de Dieu. Mais il ne règle rien entre les petites bonnes femmes et les petits bonshommes qu’il a créés à son image. Il appartient donc à chacune et chacun de réparer le lien humain, de rétablir la confiance et la sincérité, et de suivre un nouveau chemin.

En nommant le tort fait à autrui à haute voix, comme nous le faisons à la synagogue, nous réintégrons la vérité dans l’espace social : “nous avons mal agi, donc nous sommes”. Car, au-delà de la responsabilité évidente que nous avons envers nos propres erreurs, nous sommes comptables des fautes communes, par complicité ou ignorance.

Ce pardon intégral au message universel est donc loin de n’être que religieux : un soulagement pour tous les non-croyants, les incrédules et les indifférents. C’est l’opportunité philosophique de rompre la linéarité du temps, de faire l'inventaire de sa conscience et de replacer le rapport à l'autre au centre de nos préoccupations.
Rien que ça…


Kerry James Marshall, l’expo formidable

Il y a d'abord le rire communicatif de Kerry James — à la fin du film qui lui est consacré — lorsqu'il déclare avec humour "nulle part ailleurs, dans aucune exposition dans le monde entier, vous ne verrez autant de figures noires". Puis, il y a l'émotion qu'il dit avoir ressentie à la découverte des tableaux historiques, des maîtres impressionnistes, des artistes modernes, dont il s'inspire avec humour et estime.

Points de convergence de l'éblouissant travail de Kerry James Marshall : représenter des personnages noirs en utilisant des pigments denses aux nuances ultra-noires (noir d'ivoire, de carbone ou d'oxyde de fer) et renouveler la peinture d'histoire en s'inspirant des plus grands, de Géricault à Manet en passant par Rauschenberg, Van Eyck ou Raphaël.
Né en 1955 en Alabama avant que sa famille ne s'installe à Los Angeles, où il grandit, Marshall est marqué par les émeutes raciales de l'été 1965 et inspiré par les mouvements d'émancipation afro-américains : il compose des peintures monumentales et colorées, dans lesquelles les scènes banales de la vie quotidienne deviennent des épopées.


Imaginées et construites comme des tableaux historiques, ces séquences bucoliques, pastorales ou ordinaires prennent, presque malgré elles, une consonance testimoniale. Au premier plan, ni violence ni souffrance : c'est dans les mille détails que se cachent les revendications et l'engagement d'un artiste qui n'a eu de cesse de magnifier la "beauté noire" en dénonçant son absence dans l'histoire de l'art. Un salon de coiffure, un pique-nique au bord d'un lac, des enfants jouant dans la cour de leur cité, un couple, chaque histoire est prétexte à célébrer la richesse de la culture afro-américaine, à dénoncer le système esclavagiste et à honorer la mémoire de celles et ceux qui s'y sont opposés au péril de leur vie.

Les toiles immenses sont d’une puissance rare. Et si on est d’abord happés par tant de couleur, de gaieté, et d’apparente normalité, on est rapidement saisis par les combats qui s’y jouent, et les hommages qui s’y expriment.
Partout, la musique s'illustre en notes et en paillettes, comme pour rappeler la contribution essentielle de la communauté noire à l'histoire musicale américaine — une playlist, téléchargeable via QR code, en prolonge l'écoute.


Kerry James Marshall - The Histories
Musée d’Art Moderne
Jusqu’au 24 janvier 2027


Passion boulange

Je dois l’avouer, je voue une passion au pain. Pas le mauvais du coin de la rue. La miche odorante au levain naturel, le pain de mie serré, la brioche filante, les viennoiseries au bon goût de beurre. Le pain khorasan, le méteil, le petit épeautre, le seigle. Des pains fermentés qui ne font pas mal au ventre, faits avec des farines anciennes et façonnés par des jeunes artisans passionnés et créatifs.

Et récemment, c’est à Pantin que je me suis régalée, grâce à Laetitia.
Chez Farine d’abord d’où je suis repartie les bras chargés d’une brioche au levain de panettone aux zestes d’orange, d’un cookie parmi les meilleurs que j’ai mangés (et je suis extrêmement sévère), d’une tradition croustillante, d’un pain nordique humide à souhait. C’est simple, tout me faisait envie, des biscuits aux tartes de saison, des sandwichs au pain de campagne.
”Pour l’amour du pain”, est écrit sur leur site internet. Ça doit être ça l’amour alors.

À quelques centaines de mètres, voici Debout les Pains… On s’arrête à nouveau pour un roulé cannelle, un pain de seigle, un beignet au sucre et une pompe à l’huile. 100% bio, levain naturel, croûte épaisse…
Ce n’est pas gagné pour arrêter le gluten.

N’oublions pas les champions parisiens : Eléments (Paris 20), Jack Henry (Paris 06), Atelier P1 (Paris 18 et Pantin). Plus récemment la Boulangerie des Belles Feuilles qui tente d’introduire, dans un quartier qui en est farouchement dépourvu, un pain au levain qui a pris son temps pour pousser.


Après une petite citronnade maison et quelques gourmandises devant le canal de l’Ourcq chez Nhom Pang Coffeeshop, il était temps de reprendre le périph en se promettant de ne pas attendre longtemps avant de re-remplir le congélo.





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It Paris

Par Karine Salomon

- Bonjour, c'est pour un bilan de compétences.
- Parfait. Dîtes m'en un peu plus sur vous.
- J'aime manger, beaucoup. Et j'aime le bon vin.
- Très bien. Et ?
- J'aime beaucoup aller voir des expos et je m'y connais un peu.
- Ah c'est pas mal ça.
- On me dit que j'écris bien et que j'ai pas mal d'humour.
- Bon, ça peut servir.
- J'aime raconter, expliquer, vulgariser, faire saliver. Et rebondir sur l'actualité.
- Très bien. Alors, si je résume, vous êtes une rédactrice, gourmande, férue d'art, avec un talent certain pour le récit et les bons mots. Vous devriez écrire une newsletter.