Gloubiblabla

Un édito décousu, le roi Parr et des pommes Dauphine

It Paris
3 min ⋅ 05/02/2026

Il y a de quoi se réjouir cette semaine…
Jérôme Guedj annonce sa candidature à l’élection présidentielle pour porter une gauche « républicaine, européenne, universaliste, laïque, sociale, écologiste » et sans aucune concession aux Insoumis. Jérôme appelle à une “tonitruance socialiste”, revendique “le courage de la nuance” et exige une “clarté programmatique” Et nous d’être émus devant tant de sincérité, de fraîcheur et de naïveté.

Bien sûr, nous pensons intensément à la professeure d’arts plastiques poignardée par un adolescent de 14 ans qui lui reproche d’avoir mis des mots “injustes” sur Pronote. Jérôme aurait pu rajouter “sécuritaire” à sa liste de bons sentiments, parce que ce nouveau fait d’horreur scolaire devrait malheureusement servir plus les intérêts de l’extrême droite que les siens.

Évidemment, nous ne pouvons passer à côté de la déferlante Epstein, qui emporte tout sur son passage : présidents, ministres, ambassadeurs, chanteurs, hommes d’affaire, géants de la tech, sportifs.
Peu de femmes au palmarès, mais nombreuses en trophées.

Dans l’avion, j’ai regardé en accéléré le quart de la moitié d’un film : Le Grand Déplacement de Jean-Pascal Zadi. L’histoire stupide, insignifiante et même pas drôle d’un équipage d’astronautes panafricain(e)s, destiné à sauver l’humanité de la catastrophe écologique. Dialogues convenus, antiracisme de maternelle, progressisme pour les nuls, d’une vacuité magnifique.
Décidé à conquérir la planète Nardal, l’équipage se pose cette question existentielle : “Arriver sur une planète et décréter que c’est la nôtre, c’est un peu ça la colonisation ? S’il y a des êtres vivants là-bas, on va quand même leur prendre leur terre !”. “Effectivement, s’il y a une vie sur Nardal, le projet s’apparenterait à un petit Israël pour les Noirs”…
Une phrase toute conne, toute innocente, lancée comme une bonne vanne, mais qui en dit long sur l’image d’Israël. Dans ce petit bout de conversation, ô combien essentielle, il ne s’agit pas de condamner l’occupation illégale de territoires ou de déplorer les trop nombreuses agressions perpétrées par les colons israéliens, il s’agit bien de remettre en question la légitimité territoriale de ces 22145 km2 (la superficie de la Bretagne) “d’appropriation coloniale”.
Note du film sur AlloCiné : 1,9 / 5. C’est déjà bien trop.


Papiers glacés

Au Jeu de Paume, on se bouscule pour voir la société photographiée par Martin Parr. Et il est certain que si l’artiste avait été encore parmi nous, il aurait pris un malin plaisir à nous photographier, agglutinés devant ses clichés.
Décédé il y a quelques semaines à peine, il aura promené son appareil dans les moindres recoins de nos manies et il faut dire que l’on ressort de l’exposition un peu moins glorieux. Consommateurs compulsifs, narcissiques obsessionnels, accros aux portables, à nous-mêmes, au tourisme d’affluence, au bronzage… Si Martin Parr ne se considérait pas comme un photographe militant, mais comme un “activiste discret”, il nous a quand même taillé un sacré portrait !
La sélection, pensée conjointement par Quentin Bajac, directeur du musée, et le photographe, donne à voir l’étendue de son travail à travers 180 œuvres de 1970 à nos jours, autour des thématiques qui lui sont chères : les bronzés à la plage, les touristes en nuées, les chiens sacs à mains, le bling, les addicts de la tech, les accros du selfie, les couples qui s’emmerdent…
C’est drôle et grinçant, pathétique et désespérant, touchant et pitoyable. Une “guérilla visuelle” triviale et colorée, souvent mal ou pas cadrée, qui dit quelque chose de nos travers avec tendresse.
A visiter avec les enfants, car les cartels qui leur sont destinés posent de vraies questions et ouvrent des débats passionnants.

Martin Parr - Global Warning
Jeu de Paume jusqu’au 24 mai 2026


Pour retrouver un peu de calme, de vide, et de noir et blanc, place au travail de la photographe sud-africaine Jo Ractliffe. Née en 1961, son œuvre est profondément marquée par l’héritage et les cicatrices de l’apartheid et du colonialisme (le vrai).

L’exposition s’ouvre sur un grand assemblage de clichés pris avec un Diana, ce petit appareil en plastique aux contours flous, couvrant une décennie d’histoire sud-africaine après la libération de Nelson Mandela. Si l’histoire de son pays est centrale, Jo Ractliffe a poussé ses photos documentaires jusqu’aux conflits en Angola et en Namibie.

Ractliffe ne photographie ni les événements ni l’immédiateté, elle s’intéresse aux paysages de “l’après” : lieux abîmés, maisons abandonnées et terres désertées. Elle documente aussi les déplacements de populations et, plus récemment, les stigmates laissés par les industries extractives ou le tourisme de masse. Peu de clichés isolés, mais de grandes séries juxtaposées dont la répétition thématique installe une puissance et une véracité troublantes.

Jo Ractliffe - En ces lieux
Jeu de Paume jusqu’au 24 mai 2026



Le bistrot du lundi soir

Parfois, on a juste envie d’un céleri rémoulade et d’un bon filet de rumsteck. Et quand il arrive accompagné des meilleures pommes Dauphine de l’univers, alors que demander de plus… à part un supplément pommes Dauphine ?
Le Rennequin, ce n’est pas l’adresse qui bouleverse la gastronomie, mais c’est simple, c’est bon, et c’est ouvert le lundi. Le velouté de carottes est très bon, la croustille d'escargot en persillade est très bonne, les œufs mayo à la moutarde de Meaux sont très bons, les champignons de Paris farcis au Brocciu sont très bons, les glaces de la Maison Antolin à Béziers sont très bonnes.
Et je vous ai parlé des pommes Dauphine ?

Le Rennequin
67 rue Rennequin 75017 Paris
Fermé dimanche - Carte 40€



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It Paris

Par Karine Salomon

- Bonjour, c'est pour un bilan de compétences.
- Parfait. Dîtes m'en un peu plus sur vous.
- J'aime manger, beaucoup. Et j'aime le bon vin.
- Très bien. Et ?
- J'aime beaucoup aller voir des expos et je m'y connais un peu.
- Ah c'est pas mal ça.
- On me dit que j'écris bien et que j'ai pas mal d'humour.
- Bon, ça peut servir.
- J'aime raconter, expliquer, vulgariser, faire saliver. Et rebondir sur l'actualité.
- Très bien. Alors, si je résume, vous êtes une rédactrice, gourmande, férue d'art, avec un talent certain pour le récit et les bons mots. Vous devriez écrire une newsletter.