Une histoire de prononciation et deux menus déjeuner
Cette semaine, il me semblait évident de parler de l’Iran. De mes espoirs et de mes craintes pour la région, de mon intense colère contre le fanatisme religieux, dont je ne comprends ni les ressorts ni les motivations, et de mon émerveillement devant la résignation courageuse des populations.
Mais voilà, il se trouve que mon arrière-grand-mère s’appelait Sophie Felsenstein et, depuis quelques jours, je me demande quelle est la prononciation exacte de son nom… Felsenstine ? Felsenstayn ? Felsenstin ?
Le débat n’est certes pas fondamental, et, d’ailleurs, y consacrer une bonne vingtaine de minutes lors d’un meeting politique frise une nouvelle forme de pathologie : l’obsessionnisme aigu.
En son temps, un autre personnage foireux de notre vie politique avait eu un sens de l’humour très similaire s’agissant d’un certain Con-Bandit.
Comme quoi, que l’on soit trop à droite ou trop à gauche, on n’en reste pas moins intrinsèquement antisémite. Un antisémitisme d’atmosphère et d’influence, sournois et calculé.
Lors de son meeting à Lyon, l’odieux démagogue à la cravate rouge s’est-il demandé comment déclamer le nom du vieux barbu tué en Iran : Khameney ? Khameni ? Ou celui de l’islamologue violeur, Ramadane ? Ramadent ? Non. Il a poursuivi sa diatribe à Perpignan en s’attaquant cette fois aux noms en -ann, ce qui m’a conduite à réfléchir au nom de ma grand-mère, Ruth Kahn. Comment devais-je l’appeler ? Route Canne ou Rut Quand ?
Décidément, ces problèmes de prononciation, ils sont partout.
La salle est inhabituellement sombre, un parti pris pour que la lumière n’éclaire que les assiettes et la cuisine ouverte. Derrière ce nouveau Mantra, deux personnalités bien rodées à la gastronomie : Jonathan Caron, que l’on a rencontré à l’Innocence (une étoile), et le chef malaisien Manogeran Shasitaran, passé notamment par les cuisines de Marc Meneau, Jean-Michel Lorain et le Saint James.
Les propositions sont singulières et sont toutes inspirées des goûts et des saveurs natales du chef. Bouillon corsé de fleurs malaisiennes, thé fumé, huile de feuilles de curry ; beignet de datte, poudre d’hibiscus, voile de lard de Colonnata ; Saint-Jacques crue au vinaigre de rose, bergamote et piment (merveilleux !) ; chou-rave façon pastrami, pomme, cacahuète, crème de coco fermentée, tuile de chou kale ; incroyable mousse tiède au chocolat, crumble de sésame noir, gingembre confit.
Un menu déjeuner à 39€, servi uniquement le jeudi et vendredi, en huit ou neuf petits services : une grande table pour un petit prix. Le soir le menu s’étoffe, mais les prix restent tenus pour une qualité et une originalité irréprochables.
Mention spéciale pour la céramique, qui sublime chaque assiette avec délicatesse et personnalité.
Mention moins spéciale pour le “sérieux” et la “concentration” du chef, extrêmement talentueux, mais sévère.
Un sourire aurait suffi à nous régaler encore davantage.
Mantra
17 rue Claude Rodier 75009 Paris
Diner du lundi au vendredi - menus 89-145€
Déjeuner jeudi et vendredi - très joli menu à 39€
Vivant, sympathique, bon et pas prétentieux, l’Amic se place tout naturellement dans les “bistrots qu’on voudrait avoir en bas de chez soi”.
Il y a de quoi grignoter au comptoir (friture de cabillaud, croquetas, olives, et polenta fritta), une formule midi à 19 ou 22€ qui t’engage à faire la sieste, et une carte du dîner avec saucisse-purée au bon jus, pêche du jour, épinards, kasha ou risotto à la milanaise, ragoût de champignons. Du simple, mais pas si… car il y a une jolie créativité mesurée dans la cuisine du chef milanais Gabriel Urgese.
Ouvert par une bande de copains et conçu comme tel, le premier espace à l’entrée est occupé par un impressionnant bar en zinc et un comptoir en carrelage.
Belles tables et chaises vintage en bois, parquet et murs bruts, vins nature, on est dans du bistrot branché 2.0 mais qui a gardé son âme de quartier. Le hachis parmentier de volaille qui mange la moitié de l’assiette le prouve. Un gourmand dessert très “cuisiné” : lemon curd, crumble, meringue, badiane et une Guinness pour faire glisser le tout.
L’Amic
16 rue Letort 75018 Paris
Du mardi au samedi et dimanche midi - Carte 40€
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