Eloge de la nuance

Un éloge de la grisaille, un intrigant bestiaire, un dîner à la campagne

It Paris
3 min ⋅ 16/04/2026

Je n’aime pas les goûts trop prononcés. Ceux qui emportent tout avec eux. La cannelle, le cumin, la tonka, le balsamique… J’aime que les condiments et les épices soient utilisés avec parcimonie et délicatesse, permettant au reste des saveurs de s’exprimer.

Je n’aime pas les avis tranchés. Les jugements de principe, les doctrines évidentes et les opinions indiscutables. Les conclusions extrêmes qui masquent les nuances. Les points de vue en noir et blanc qui ne laissent aucune place à la grisaille.
Comme tout le monde, je suis influencée par mes lectures, les informations que j’écoute, les personnalités que je suis, les voix qui m’inspirent. Elles vont dans un sens, c’est certain. Et si j’accepte d’aller un peu dans l’autre, j’ai besoin de subtilité et d’intelligence.

Il y a tant de nuances dans la nuance : nos avis, nos commentaires et nos actes devraient être modérés, mesurés, équilibrés, ouverts, compréhensifs, tolérants, empathiques, respectueux, attentifs, conciliants.
Car on ne convainc pas avec excès, on ne discute pas avec brutalité, et on ne décide pas avec certitude.

L’acidité, l’amertume, le piquant apportent aux plats relief et profondeur, pour peu qu’on n’en soit pas écœuré. La conviction et l’argumentation contribuent à passionner les débats, à condition qu’on n’en sortent pas bousculé et meurtri. Comme presque tout se mange, presque tout se discute avec sagesse, avec esprit, avec respect et élégance.

Je préfère le raffinement à la lourdeur, la mesure au dogme.


Ani mal, Ani maux

Si vous me suivez depuis un moment, vous savez à quel point j’aime le Musée de la Chasse et de la Nature. Son univers baroque, son esprit cabinet de curiosités, ses balustrades en écailles et ses soupières en forme de pintade. Chaque exposition temporaire est une nouvelle occasion de s’y promener et de se régaler.

Jusqu’au 20 septembre, c’est la discrète et intrigante Annette Messager qui y cache quelques 80 œuvres, dont certaines spécialement conçues pour l’espace ou empruntées à sa collection personnelle.
L’artiste a très souvent introduit des animaux dans ses créations, pour illustrer notre cruauté, notre rapport au corps, à la domination, mais aussi pour retrouver un peu du mystère et de l’émerveillement propre à l’enfance.
Je me suis glissée un peu partout, et ça, c'était très intéressant et amusant !”. Et c’est vrai qu’il faut débusquer les œuvres au milieu des centaines d’animaux, armes, ustensiles et objets de décoration exposés dans les somptueuses salles, toutes vêtues de papiers peints fleuris.
Là, quelques oiseaux ; ici, un lapin chasseur, des fusils de tissus, un chat en porcelaine,… Mes Transports sculptures hétéroclites de formes organiques, géométriques et animales jalonnent le sol, quand d’autres pièces se cachent au détour d’une vitrine ou sur le marbre d’une cheminée. Abécédaire, dessins, marionnettes animées, proverbes animaliers : ils sont tous là, les compagnons d’Annette.
Une exposition à mettre entre toutes les pattes, avec précaution et dérision.

Une hirondelle ne fait pas le printemps
Annette Messager au Musée de la Chasse et de la Nature

Jusqu’au 20 septembre 2026


Un dîner à la campagne

C’est avec grand plaisir que nous sommes retournés sur cette si jolie place du 15e arrondissement, où le bistrot Les Pères Siffleurs fait le bonheur des habitués du quartier et de ceux qui savent…. Qui savent que tout ici est délicieux, cuisiné, authentique.
Attablés dehors, on se croirait à la campagne, voire à une autre époque. Celle où l’on prenait le temps. Le chef Shunsuke Takano propose une carte de saison avec un travail remarquable sur les sauces.

On s’est régalés de cette caille farcie aux asperges et champignons, sauce foie gras, ou d’un faux-filet charolais au jus réduit, accompagné d’un fameux écrasé de pommes de terre.
En entrée le carpaccio de saint-jacques se rehausse de pommes granny, d’un condiment noisettes et de chips de topinambours. Il y a aussi ce velouté crémeux, parfois haricots blancs, parfois chou-fleur, aux girolles, à la queue de bœuf braisée ou au condiment truffé.
Une apparente simplicité qui cache une richesse de saveurs remarquable.
En dessert, ça varie entre millefeuille croustillant, crème brûlée, baba au rhum, ou forêt-noire.

Les Pères Siffleurs, c’est la très bonne adresse qu’on voudrait garder pour soi. Pour les dîners de copains, loin du tumulte des excités.

Les Pères Siffleurs
15 rue Gerbert - 75015 Paris
Fermé dimanche et lundi - Carte 50€


Dernière minute

La loi Yadan a donc finalement été retirée avant d’avoir été discutée. Un nouveau texte devrait être proposé aux députés en juin, si l’agenda législatif le permet… Rien n’est moins sûr.
Aux abords de l’Assemblée un groupe d’hurluberlus, heureusement peu nombreux, s’est rassemblé pour la dénoncer aux cris de “de la mer au Jourdain, la Palestine aux Palestiniens”, jugeant les “sionistes dégoûtants” et la loi “impérialiste”. Sur une petite table un jeune homme vend des keffiehs, nouvel étendard de la confusion pathologique.



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It Paris

Par Karine Salomon

- Bonjour, c'est pour un bilan de compétences.
- Parfait. Dîtes m'en un peu plus sur vous.
- J'aime manger, beaucoup. Et j'aime le bon vin.
- Très bien. Et ?
- J'aime beaucoup aller voir des expos et je m'y connais un peu.
- Ah c'est pas mal ça.
- On me dit que j'écris bien et que j'ai pas mal d'humour.
- Bon, ça peut servir.
- J'aime raconter, expliquer, vulgariser, faire saliver. Et rebondir sur l'actualité.
- Très bien. Alors, si je résume, vous êtes une rédactrice, gourmande, férue d'art, avec un talent certain pour le récit et les bons mots. Vous devriez écrire une newsletter.