Le sens des mots

Une pétition décryptée, une photographe formidable, un déjeuner de compet

It Paris
4 min ⋅ 09/04/2026

La pétition contre la proposition de loi Yadan, qui vise à “ lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme”, a réuni plus de 600 000 signatures. Du jamais-vu pour un texte qui n’influe ni sur le prix des carburants, ni sur les revendications quotidiennes des Français.
Au-delà de ses amendements, sur lesquels chacun aura son opinion, ce sont les arguments de la pétition qui interpellent.

“Lorsque l'on lit l'exposé des motifs”, précise le texte, “on remarque un amalgame entre l'antisémitisme et la critique d'Israël (antisionisme).”
NON ! La critique d’Israël, c’est la critique de la politique israélienne, de son gouvernement, de son orientation. L’antisionisme, c’est s’opposer au sionisme, et par la même s’opposer à l'existence même de l'État. Lorsqu’on dit, à juste titre, que la majorité des juifs sont “sionistes”, c’est qu’ils sont attachés à l’existence d’un État juif, pas à la pérennité d’un Ben-Gvir…

La pétition s’alarme du danger pour la liberté d’expression, arguant que “des slogans pacifistes comme « l'égalité et la liberté pour tous de la mer au Jourdain » pourraient faire l’objet de condamnations”. Le refrain scandé n’a pourtant jamais précisé que la liberté était prévue “pour tous” mais bien “From the river to the sea Palestine will be free”

Enfin la pétition feint de s’inquiéter : la loi “desservirait la lutte contre l’antisémitisme en assimilant les Juives et les Juifs à la politique de Netanyahu”. Trop aimable.
Mais alors pourquoi, dans nos manifestations et sur nos réseaux, les français(es) de confession juive sont-ils systématiquement traités de “sionistes génocidaires”, de “fascistes” ou de “nazis” ? Quand on ne leur promet pas quelques sévices bien sentis…

Posons la question de la manière la plus retenue : l’antisionisme, qui a remplacé la légitime critique politique, et aspire à l’effacement d’un État, n’exprime-t-il pas une hostilité plus générale ?! Les victimes des 1 676 actes antisémites recensés en France en 2023, des 3 000 incidents aux États-Unis et des 4 000 au Royaume-Uni se la posent aussi.



La photographe qui avait une voix

De mannequin à cuisinière gastronome, Lee Miller a eu plusieurs vies, toutes habitées par la conviction, l’intelligence, le courage et l’engagement. Successivement, et tour à tour, muse, photographe de mode, artiste surréaliste, portraitiste à succès, correspondante de guerre, elle a été de tous les combats, du féminisme au témoignage mémoriel.
Il serait trop long de brosser ici le portrait complet de cette femme, aussi belle qu’audacieuse, dont la petite enfance fut marquée par une insupportable agression et une relation troublante avec son père, et qui n’a eu de cesse de défendre la vérité et la création. Réduire son incroyable production photographique aux « seules » photos de la Seconde Guerre mondiale, pourtant absolument essentielles, serait méconnaître l’extraordinaire variété de son œuvre et l’exigence avec laquelle elle entreprenait chacun de ses projets, des plus commerciaux aux plus sulfureux, en passant par les plus fondamentaux.
Il faut lire les cartels pour mesurer la “qualité du cerveau associé à l’appareil photo”. Car Lee Miller, au-delà des collaborations créatrices qui jalonnent sa carrière (Man Ray, Éluard, Picasso…), accompagne chacun de ses reportages de textes profonds et saisissants. Elle qui regrettera en 1940 « de continuer à travailler pour une revue aussi frivole que Vogue, sans doute bon pour le moral du pays, mais effroyable pour le mien », convainc pourtant le journal de publier ses photos de guerre.

De ce conflit, Lee Miller a tout documenté : les premières bombes au napalm sur Saint-Malo, le Blitz londonien, la baignoire d’Hitler — dans laquelle elle et son inséparable ami David Scherman s’offrent un bain libérateur — jusqu’aux abominations perpétrées dans les camps de Dachau et de Buchenwald, dont elle ne se remettra pas. « Je vous supplie de croire que c’est vrai », implore-t-elle auprès de la rédaction de Vogue, qui accepte de faire paraître ses clichés sous le titre « BELIEVE IT ».

La cuisine, la vie domestique, les amis célèbres, mais aussi l'alcool et la dépression occupent la dernière partie de son existence, à Farley Farm House dans le Sussex, auprès de Roland Penrose, acteur majeur du mouvement surréaliste en Angleterre.

Lee Miller a passé la moitié de son existence à révéler le beau et l’autre à témoigner de l’horreur.

Lee Miller
Musée d’Art Moderne jusqu’au 2 août 2026


Le déjeuner de compétition

Alliance est un restaurant discret qui vient d’obtenir sa deuxième étoile.
Au déjeuner, dans le restaurant principal, délicat et immaculé, le chef Toshitaka Omiya, propose trois menus en 4, 5 ou 7 séquences à respectivement 130, 175, 245€.
Mais c’est en face, sur une grande table d’hôtes de douze couverts, que se joue une jolie partition gastronomique bien plus accessible.
Pour 49€, on s’offre un petit moment d’exception autour d’un menu, évidemment plus resserré, mais qui permet de découvrir le talent du chef et de son équipe.
Pour ce tarif tenu, on a droit à un cocktail, une petite gougère, un amuse-bouche, entrée-plat-dessert, aux mignardises, au beurre et pains maison, et même à une petite attention à déguster au goûter.

Ce midi là, il y avait du tourteau, des asperges, de la poulette de Racan, un vacherin acidulé. Et des convives à découvrir. La carte change tous les deux mois, rendez-vous en mai…

La Table Mystère - Restaurant Alliance
Menu unique à 49€
Réservation et paiement à l’avance
(cliquer sur réservation, la Table se trouve tout en bas)


Nous vous conseillons vivement d’aller voir le reportage émouvant “Holding Liat” qui suit le combat d’une famille américano-israélienne après l’enlèvement par le Hamas de leur fille, Liat, et de leur gendre.
Un film où la nuance et le doute, qui manquent tant aux prises de position tranchées et catégoriques, sont parfaitement exprimés.



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It Paris

Par Karine Salomon

- Bonjour, c'est pour un bilan de compétences.
- Parfait. Dîtes m'en un peu plus sur vous.
- J'aime manger, beaucoup. Et j'aime le bon vin.
- Très bien. Et ?
- J'aime beaucoup aller voir des expos et je m'y connais un peu.
- Ah c'est pas mal ça.
- On me dit que j'écris bien et que j'ai pas mal d'humour.
- Bon, ça peut servir.
- J'aime raconter, expliquer, vulgariser, faire saliver. Et rebondir sur l'actualité.
- Très bien. Alors, si je résume, vous êtes une rédactrice, gourmande, férue d'art, avec un talent certain pour le récit et les bons mots. Vous devriez écrire une newsletter.