Joli mois de mai

Fais ce qu'il te plait, dîne à Gambais et rue d'Artois.

It Paris
4 min ⋅ 30/04/2026

Nous entamons le joli moi de mai, celui des ponts, des mariages, des glycines et de l’insouciance. Ce mois des fleurs en clochettes, au cours duquel nous sommes invités à faire ce qu’il nous plaît…

C’est certainement ce que se sont dit les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans et les rebelles indépendantistes, qui viennent d’imposer le siège total de la capitale du Mali, Bamako.

Ou encore les autorités russes, lorsqu’en 1986, après la catastrophe de Tchernobyl, elles préconisaient d’écouler les stocks de viande irradiée en les mélangeant, dans un ratio de 1 pour 10, à de la viande « saine ».

En mai 1945, c’est assurément ce qu’ont espéré Pétain, Laval, Doriot, Céline, Luchaire, Déat, Darnand, en tentant de sauver par n’importe quel moyen leurs tristes peaux après avoir passé huit mois à « jouer au pouvoir » dans le château de Sigmaringen, petite bourgade du Bade-Wurtemberg. En tentant de reconstituer la France fasciste dont ils rêvaient, les responsables politiques, les miliciens et les collaborateurs de tous poils étaient alors convaincus que le printemps leur offrirait un retour triomphal dans une France libérée du « joug des communistes, des anglo-américains et de la juiverie ».

C’est évidemment ce qu’ont chercher à accomplir Edmund Hillary et Tenzing Norgay en atteignant le sommet de l’Everest pour la première fois, le 29 mai 1953. Ou les étudiants de la Sorbonne sur les barricades parisiennes.

C’est à l’évidence ce que nous avons tous ressenti lorsque le 5 mai 2023, l'OMS a officiellement déclaré que le Covid-19 ne constituait plus une « urgence de santé publique de portée internationale ».

Et c’est enfin, à coup sûr, ce qu’espéraient les neurones artificiels lorsque le modèle GPT-4o, capable de discuter en temps réel avec une voix humaine, de traduire instantanément et d'interagir via la caméra du téléphone, a été lancé.

Il n’est pas loin, le mois de mai où j’irai à la cueillette des champignons, pendant que mon assistante GeorgIA rédigera mes bons mots avec encore plus de subtilité et d’esprit.

J’ai demandé à Gemini à gauche et Chat à droite de générer l’image d’un pique-nique dans un champ fleuri au mois de mai. Puis, devant les résultats, confondants de biais, je leur ai demandé un peu plus de diversité. Chat a été clairement plus réactif…


Une étoile à Gambais

Au premier abord, il y a une certaine retenue, une rigueur un peu austère, et puis, lorsqu’on ouvre la discussion, on est séduit par l’engagement quasi viscéral de Cybèle et Franck Idelot, dans leur Domaine Les Bruyères, à Gambais.
Après avoir régalé les Boulonnais(es) à la Table de Cybèle, ils se sont installés aux abords de ce petit village des Yvelines, aux portes de la forêt de Rambouillet. Dans cet ancien relais de poste du XIXe, ils ont enfin créé leur rêve : un potager en permaculture de 2000m2, un fournil dans l’ancienne grange, une champignonnière et une nurserie d’herbes et de plantes.
100% des légumes et 80% des fruits proviennent de leur terrain ; ce n’est plus du circuit court, mais du circuit « pas de porte ». Et ce sont d’ailleurs les récoltes qui, chaque semaine, voire chaque jour, imposent à Cybèle ce fabuleux menu, qui a obtenu son étoile verte en 2024 et sa première étoile cette année.

Avec l’objectif de ne rien gaspiller, cette cheffe autodidacte originaire de San Francisco et diplômée d’une école d’art, fait des merveilles avec presque rien : les épluchures, le pain rassis, les filaments d’une courge, les verts de poireaux deviennent prétextes à bouillon, poudres, condiments, fermentations.
Le menu en sept étapes (à « seulement » 98€) démontre une rare maîtrise des saveurs et des équilibres. Les assiettes sont percutantes et parfumées.
Une cuisine d’auteur personnelle et expérimentale, d’inspiration asiatique, ciselée et sans esbroufe.
Le choix des vins est assuré par Franck, sommelier : exclusivement natures, mais droits et tendus.

Le petit déjeuner est d’une simplicité et d’une fraicheur désarmantes : pain maison, miel maison, confiture maison, yaourt maison, fromages du coin, café du cru… Mais nous ne vous conseillons pas forcément d’y dormir, car il manque - et c’est le seul petit bémol - un endroit cosy-fleuri où se poser.
Y venir déjeuner ou dîner est déjà un fabuleux voyage au pays des magiciens.

La Ruche au Domaine Les Bruyères
251, avenue de Neuville
 78950 Gambais
Déjeuner V, S, D / dîner J, V, S - menus 79-98€


Quoi ? A deux pas des Champs

La probabilité pour que nous dînions près des Champs-Élysées est quasiment nulle, et il n’y avait bien que le Mermoz, du temps de Thomas Graham, qui pouvait nous convaincre.
Et puis cet ultimatum : « Tu nous trouves un italien, mais pas trop loin ! » (de Boulogne…)
Déjà, des restos italiens il n’y en a plus énormément, et ceux que j’aime sont évidemment plus au centre ou bien à l’est. C’est donc avec circonspection que j’ai réservé au Comptoir de l’Artoise, rue d’Artois. Trattoria chic, nappes blanches, clientèle jeune et jolie.
Les entrées arrivent à vitesse grand V, et c’est bon. Simple et bon.
En plat, j’opte pour les paccheri al ragù - j’adore les paccheri et j’adore le ragù. Là aussi, ça arrive in due minuti, mais les pâtes sont bien chaudes, bien cuites, et la sauce est franchement réussie.
À mes côtés, ça semble se régaler de rigatoni aux champignons, Marsala et parmesan, et de linguine aux gambas, courgettes et tomates cerises.
Certes pas donné - 23-25€ le plat - mais c’est quasiment pareil chez les bobos.
Un terrasse éphémère agréable et un plat de pâtes fumant qui pourraient bien me donner envie de repasser par là.

Le Comptoir de l’Artoise
5 rue d’Artois - 75008 Paris
Fermé samedi et dimanche - Carte 40-50€





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It Paris

Par Karine Salomon

- Bonjour, c'est pour un bilan de compétences.
- Parfait. Dîtes m'en un peu plus sur vous.
- J'aime manger, beaucoup. Et j'aime le bon vin.
- Très bien. Et ?
- J'aime beaucoup aller voir des expos et je m'y connais un peu.
- Ah c'est pas mal ça.
- On me dit que j'écris bien et que j'ai pas mal d'humour.
- Bon, ça peut servir.
- J'aime raconter, expliquer, vulgariser, faire saliver. Et rebondir sur l'actualité.
- Très bien. Alors, si je résume, vous êtes une rédactrice, gourmande, férue d'art, avec un talent certain pour le récit et les bons mots. Vous devriez écrire une newsletter.