It Paris

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Par Karine Salomon
23 articles
8 sept. · 2 mn à lire
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Effondrement climatique

Presque trop chaud pour aller au resto

Hier, je me suis baignée dans la Manche, elle devait être à 24 degrés.
Le ciel était de ce blanc laiteux qui caractérise les journées ardentes.
J’y suis restée un long moment pour échapper à la nuée de mouches collantes qui envahissaient le sable et maculaient mon sac à dos brûlant.

Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres a déploré l’implosion précipitée du climat à laquelle nous n’arrivons visiblement plus à faire face, les températures cet été ayant été les plus chaudes jamais connues par l’humanité.
En attendant d’installer des caissons de cryothérapie au coin des rues, cette soudaine canicule de rentrée alimente les conversations et suscite les bonnes volontés. Et si l’on voit les démarches personnelles prospérer - abandon de l’avion, arrêt du bœuf, multi-poubelles incompréhensibles, vélo, métro, ventilo - il suffit de sortir de notre assez belle France et au-delà des frontières européennes pour réaliser qu’on est bien loin du sursaut salutaire international…

- Mamie, tu viens te baigner ?
- Non mon chéri, elle est vraiment trop chaude pour moi.
- 38, tu trouves ça chaud ?! Elle était vachement froide alors à ton époque ?



Premier coup de coeur

Pristine est un nouveau venu dans le monde impitoyablement concurrentiel du bar à manger parisien, avec l’inévitable explication, “ce sont des petites assiettes à partager, 2 ou 3 par personnes c’est bien, elles arrivent un peu dans le désordre”.
Mais chez Pristine, les assiettes ne sont pas si petites, et elles sont vraiment très bonnes. Très.
On y trouve une belle créativité sur les légumes, le cadre est joli comme tout, le service archi souriant et efficace dans la moiteur ambiante.
C’est Jérémy Grosdidier, fraîchement débarqué du Luxembourg, pas du jardin, qui sublime entre autres végétaux, secondée rayon bouteille par la “liquid dreamer” Michelle Primc, elle aussi expatriée du Grand Duché.
On a fait une petite descente (qu’on aurait aimé être aux flambeaux histoire de rafraîchir un peu), tarte aux champignons, noisettes, tonka / aubergine confites, pomélo, œuf poché / dorade crue, eau verte / mille frites sauce Mornay / tomates brûlées, sorbet poivrons.
Pristine ne travaille qu’avec des producteurs locaux - rapport à l’édito - et a confié la réalisation de sa vaisselle à deux céramistes normands à l’agilité et à l’argile normandes.
Les desserts - les desserts… Eh oui, on en arrive toujours là.
Un ice cream sandwich beurre noisette et mile de sarrasin et une glace au pain, chapelure et fleur de sel, houblonnée et salée à la perfection.
On en rêve encore.

Pristine
8 rue de Maubeuge, 75009 Paris
Ouvert tous les jours sauf mardi (ça c’est cool)
Assiettes / Plats entre 13 et 24€ - Formules dej 18-25€


Trois heures de clim

La nouvelle exposition du Centre Pompidou, Corps à Corps - Histoire(s) de la photographie est si riche et si foisonnante que vous en aurez plus que largement pour votre culture et votre température interne.
Les centaines de photographies exposées, sorties de l’immense collection publique du Musée National d’Art Moderne et de la non moins gigantesque collection privée de Marin Karmitz, qui forge l’admiration tant le choix est singulier et exemplaire. Réunies autour de 7 thématiques (visages, fragments, en soi, fulgurances, spectres…), elles offrent un balayage remarquable du médium photographique.

On aura le choix de déambuler à son rythme et s’imprégner des travaux personnels des quelques 120 photographes des XXe et XXIe siècles présentés. Avec une grande majorité de clichés en noir et blanc, certains célèbres d’autres plus méconnus.
On pourra s’amuser à deviner la provenance des photos, Mnam ou Marin ?
On devra surtout, et comme à chaque fois, prendre le temps de lire les cartels qui pour chaque photographe, posent le décor, précisent l’époque, détaillent la pratique.

Roman Vishniac, photographe amateur à l’esthétique moderniste, qui photographie entre 1935 et 1938, les communautés juives d’Europe de l’Est pour sensibiliser l’opinion et collecter des fonds.
Johan van der Keuken (dont la très belle exposition se termine le 17 au Jeu de Paume) qui expose la sensibilité de l’ennui et de la solitude.
Robert Frank et ses clichés des années 50, des banquiers de la City aux mineurs gallois.
Paul Strand, pionnier du modernisme photographique, et son portrait rapproché d’une femme aveugle qui deviendra iconique.
Lewis Hine qui parcourt les Etats-Unis en 1908 pour dénoncer la violente réalité du travail des enfants.

Et aussi, les mises en scène identitaires de Hans Eijkeboom, les photos de la ligne de métro Coney Island-Time Square de Louis Stettner, celles prises en cachette par Walker Evans et Chris Marker. Les Jeux de la Poupée de Hans Bellmer. Les trophées d’Annette Messager, les regards de Boltanski. Les Métamorphoses d’Agnès Geoffray et la Jeune fille au drapeau à la Bastille en 1968 de Janine Niépce. L’affection émou-vante de Mathieu Pernot pour les gitans.

“Dis donc, elle en connait un bout Karine sur la photo…”
Que nenni, juste le fait d’avoir été plongée pendant quelques heures dans une exceptionnelle encyclopédie. A la fraiche.

Centre Pompidou
Corps à Corps - Histoire(s) de la photographie
Jusqu’au 25 mars 2024


NDLR. Nous testons pour la toute première fois la nouvelle plateforme de newsletters, Kessel.
Motivée par l’énergie du projet, l’engagement de ses créateurs et aussi un peu par Hugo Décrypte.
It Paris restera une newsletter gourmande et artistique gratuite, mais peut-être certains services ou développements vous seront proposés en sus.
Nous exploitons différentes possibilités pour vous faire raquer.

Merci de nous faire part de vos commentaires, en termes de forme comme d’avenir.
Je crois que vous devez cliquer sur le lien “voir les articles précédents” là en dessous pour accéder à mon profil et me parler. Chez Kessel, on se sent vite important…

Sinon il y a toujours mon mail karine@it-paris.com