Les prénoms

Une semaine de prénoms et une pépite design.

It Paris
3 min ⋅ 20/02/2026

J’ai passé la semaine à entendre scander des prénoms.
Quentin d’abord, dont le nom de baptême a dépassé nos frontières, devenu trophée politico-idéologique pour les uns, fardeau électoral pour les autres. Quentin, dont certains tentent d’absoudre le passage à tabac en invoquant d’autres agressions, comme si la brutalité de l’extrême droite pouvait excuser celle de l’extrême gauche.
Quentin, personnification de cette “violence politique” qui sature les débats, comme si l’on découvrait seulement maintenant, avec niaiserie, que l’objectif de la France Insoumise n’était que de pourrir la démocratie pour promouvoir l’affrontement, et que celui du RN n’était que de prendre le pouvoir en flattant les inquiétudes.
Quentin, qui pousse un certain revenant à mèche blanche à brandir la menace d’une prise de pouvoir identitaire en cas de diabolisation de LFI, négligeant volontairement les nombreuses options situées entre les deux extrêmes.
Quentin, enfin, qui nous fait regretter le bon vieux temps où la droite et la gauche débattaient en adversaires et non en ennemis.

Et puis, il y a Camille, Lou, Océane, Julia, Émilien, Quentin, Eric, Fabien qui nous font vibrer à chaque épreuve. Qui forgent le respect à coup de ténacité, de combativité et de maîtrise. Malgré les tensions internes, ils unissent leurs forces vers une victoire commune, n’accablent pas les plus hésitants et font jaillir le coq chauvin qui sommeille en nous.
Des exemples à suivre…

Franck Fife/AFP


La pépite inattendue

On a d’abord pensé à un concept. Plus déco que cuisine.
Le mobilier vintage signé Breuer ou Paulin, les appliques de Trocmé, la vaisselle, les plateaux de tables et les meubles de rangement, réalisés dans la veine 70’s par le beau-père ébéniste, jusqu’au sol des toilettes (particulièrement réussi) et au logo du resto, tout est léché, épuré et design, sans en faire trop.
Les deux cheffes et amies, Margaux Baju (passée par le Plaza et Akrame) et Candice Brée (ex. Ferrandi et Pages), ont parcouru les ventes et les brocantes pour sublimer leur “endroit à elles” - et c’est une vraie réussite.
Et la cuisine de cette Occasion alors ? Dé-li-cieuse.
Un menu dégustation en quatre temps à 49€ qui envoie de la fraicheur, de l’acidité, et de la douceur. Bretonnes d'origine, ces cheffes esthètes balancent des embruns, du kraz et du bon beurre.
Ça commence très fort avec une gougère cacio e pepe au poivre bien présent. Les Saint-Jacques crues à l’huile de sapin et marmelade mandarine se dégustent avec une généreuse tartine au beurre fumé. Double raviole, aux deux farces, impeccablement réalisée. Le merlu maturé au sabayon beurre noisette, a été fini…au doigt.
On a craqué pour le petit supplément “trou glacé” : un sorbet betterave-raifort, accompagné d’un petit shot de vodka, parfait pour laisser passer le dessert autour de la pomme, du cidre, du sarrasin et du rooibos.
Pas de déca ici, mais une infusion de cascara - l’enveloppe de la cerise de café. Et pour finir sur la cote d’Opale, une madeleine minute au beurre de corail.
Dans les verres, un Giacometti Blanc Cuvée de l'Agriate, histoire de mettre un orteil en Corse.
Margaux et Candice sont adorables, elles cuisinent divinement bien et elles ont très bon goût.
Bon vent à elles !

Occasion
3 rue Jacques Louvel-Tessier 75010 Paris
Diner du mardi au samedi - menu 49€


Trois quart de teinte

Sans doute suis-je devenue plus difficile. Ou peut-être les chef(fe)s sont-ils devenu(e)s plus talentueux(ses). Toujours est-il que, lorsqu’un menu dépasse un certain prix, ce n’est pas le nombre d’étapes, mais leur qualité — et surtout leur singularité — qui fait la différence.
Chez Cypsèle, dont je n’avais lu que du bien, je suis restée un peu sur ma faim.
Évidemment, c’est très bon. Les assiettes du chef d’origine polonaise Marcin Król, passé au Noma, au Chateaubriand et chez Maison Sota, s’enchaînent avec un rythme et une exécution parfaits. Bien sûr, le vin est excellemment conseillé par Quentin Loisel, ancien sommelier du Jules Verne et associé, qui connaît son métier sur le bout de la langue et nous a servi un Cairanne 60/40 de Philippe Cartoux, puissant sans être lourd. Assurément, la déco est canon et la cuisine ouverte ajoute à l’expérience.
Mais ce menu en sept étapes et plus, d’inspiration japonico-nordique manque d’intensité et de vivacité. Au détour d’une sauce truffée, Nantua, ou à l’anguille fumée, on se régale d’un mouillage sauvage au délicieux pain au levain maison ; mais à la fin du repas, on se prend a relire le menu sans trop se souvenir des goûts qui nous ont le plus marquées.
Le menu change tous les jours. Que dis-je ? Deux fois par jour, le midi et le soir. Marcin travaille les produits qui lui sont livrés sans préparation et sans filet. Une prouesse qui mérite qu’on y revienne.

Cypsèle
11 rue des Deux Ponts 75004 Paris
Du mercredi au samedi. Menu déjeuner 85€ - Menu diner 145€




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It Paris

Par Karine Salomon

- Bonjour, c'est pour un bilan de compétences.
- Parfait. Dîtes m'en un peu plus sur vous.
- J'aime manger, beaucoup. Et j'aime le bon vin.
- Très bien. Et ?
- J'aime beaucoup aller voir des expos et je m'y connais un peu.
- Ah c'est pas mal ça.
- On me dit que j'écris bien et que j'ai pas mal d'humour.
- Bon, ça peut servir.
- J'aime raconter, expliquer, vulgariser, faire saliver. Et rebondir sur l'actualité.
- Très bien. Alors, si je résume, vous êtes une rédactrice, gourmande, férue d'art, avec un talent certain pour le récit et les bons mots. Vous devriez écrire une newsletter.